Créer sa maison d’édition indépendante : c’est possible !

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  • Image de François Grosso et de Renaud Buénerd, éditeurs indépendants aux éditions du Chemin de Fer

Créer sa maison d’édition indépendante : c’est possible !

Quoi de mieux qu’un exemple pour comprendre ? François Grosso et Renaud Buénerd ont fondé leur maison d’édition indépendante : Le Chemin de Fer. Pouvoir éditer ce qu’on trouve digne d’être publié, voilà le rêve devenu réalité de ces deux compères. Affichant fièrement la « petitesse » de leur maison, ils s’éloignent de la logique qui prédomine aujourd’hui. Leur rejet est net et clair : ils refusent que le profit prenne le pas sur le talent. Leur choix est fait ! Ils feront tout pour ne pas être happés par l’engrenage financier qui serait capable d’anéantir leur rêve.

Une alternative à l’édition « classique »

Le livre un objet de consommation ?

Une logique financière particulière est apparue dans le monde éditorial. L’argent prenant souvent le pas sur le talent. De gros éditeurs éditent en permanence juste pour maintenir une trésorerie à flot. Pour François Grosso, le problème vient en partie du système de diffusion-distribution tel qu’il fonctionne actuellement. L’éditeur du Chemin de fer explique que ce système pervertit l’édition. Dès que l’on est diffusé-distribué, l’objectif n’est « plus la vente mais la trésorerie. » Ce système amène les éditeurs à publier constamment, quitte à éditer des livres qui ne seront pas lus. Les rentrées littéraires sont l’exemple le plus explicite. Beaucoup d’éditeurs publient six ouvrages pour n’en mettre qu’un seul en avant. Les autres livres sont édités pour conserver un nombre constant de livres en librairie. Le livre devient un objet de consommation et tout devient une question d’argent.

Autodiffusion et distribution

Pour s’éloigner de ce modèle-là, Le Chemin de fer décide de s’autodiffuser et distribuer. Ce choix oblige François Grosso à assumer une charge plus conséquente de travail. Il doit tout faire lui-même (relancer les libraires pour qu’ils règlent les factures, faire les paquets, appeler les librairies pour les commandes, etc.) Mais, paradoxalement, ce mode de fonctionnement lui permet d’être plus libre. Il peut, par exemple, décider un mois à l’avance de la sortie d’un ouvrage. Aussi, pour ne pas rentrer dans un système de consommation de masse il a choisi le principe du dépôt-vente. Lorsqu’il met des livres en librairies, ils sont toujours sa propriété. Tous les six mois, François Grosso appelle les libraires pour savoir quelles sont les ouvrages vendus, et seulement à partir de là, il les leurs facture. Si les libraires lui renvoient des livres ce n’est jamais pour des raisons financières puisqu’il n’y a pas d’avoir. François Grosso ajoute : « Nous ne sommes pas obligés de nous laisser entraîner dans un mouvement soi-disant inexorable. » Néanmoins, l’éditeur du Chemin de fer déconseille l’autodiffusion et distribution si nous avons un autre travail à côté. Ce type de fonctionnement est bien trop chronophage.

La passion du métier d’éditeur

On comprend que l’argent n’est pas le but premier pour ce type d’éditeur et qu’une réelle passion anime leur quotidien. François Grosso exprime avec beaucoup d’enthousiasme sa joie d’aller travailler et ce, malgré la précarité. Éditer des livres qu’il aime est un bonheur pour cet éditeur : « à chaque livre produit j’apprends, je m’enrichis intellectuellement, je prouve des choses « politiquement ».  » Le statut indépendant lui permet d’être libre par rapport à ce qu’il édite mais aussi de fonctionner comme bon lui semble. Il n’est pas obligé de se soumettre à la logique économique qui prédomine, il n’a de compte à rendre à personne et il peut gérer son temps comme il l’entend. Son bonheur se construit autour de cette liberté. Le métier de l’éditeur en lui-même n’anime pas forcément une passion virulente. C’est ce qu’a appris François Grosso lorsqu’il a travaillé chez Albin Michel : « je me suis rendu compte que je ne pouvais pas faire de l’édition juste parce que j’avais envie de faire de l’édition. » Il est clair que lorsqu’on a la chance de faire ce que l’on aime et de la manière dont on le souhaite, une réelle passion se crée.

Le choix éditorial de François Grosso

Le retour du livre-illustré

En créant sa propre maison d’édition, François Grosso et Renaud Buénerd ont pu réellement éditer ce qu’ils appréciaient. François vient plutôt du monde des lettres, Renaud est dans l’Art. Tous deux ont constaté avec tristesse la disparition progressive du livre de fiction illustré. L’avantage d’avoir sa propre maison d’édition c’est de pouvoir palier à un manque que l’on a constaté dans l’univers éditorial ! Aussi, en alliant leurs compétences, leurs passions respectives et leurs expériences, les deux éditeurs du Chemin de fer ont réussi à remettre au goût du jour le livre de fiction illustré.

Nouvelle et œuvres artistiques

François Grosso est un fervent défenseur de la nouvelle. Dès la fac, après avoir lu Annie Saumont, une passion pour ce genre est née. Le futur éditeur s’est alors mobilisé pour que la nouvelle acquière son indépendance. Il ne comprenait pas pourquoi la nouvelle avait besoin d’être englobée dans un recueil pour exister. Selon lui, on regroupe trop souvent des textes qui n’ont strictement rien à voir les uns avec les autres, juste sous le prétexte qu’ils sont écrits par le même auteur. Donc, aux éditions du Chemin de fer, les ouvrages ne contiennent qu’une nouvelle et plusieurs œuvres artistiques. D’autant plus que la nouvelle est un genre qui demande une « part active au lecteur ». Cette particularité permet aux artistes de pouvoir s’exprimer beaucoup plus librement. La nouvelle retrouve donc son autonomie et se suffit enfin à elle-même.

Concordance des arts

Le dialogue qui s’instaure entre ces deux arts est captivant. Si les éditeurs ont publié leur centième titre cette année, ils n’ont de cesse d’être impressionnés. Aucune œuvre ne se ressemble et aucun artiste ne voit les choses de la même manière. Une nouvelle questionne chaque personne différemment et chaque œuvre artistique apporte une réponse totalement différente. Une nouvelle soulèvera de nombreuses questions et amènera énormément de réponses.

Une journée d’échange entre les différents acteurs du livre

La journée d’étude à l’UBFC

Ce vendredi 23 novembre 2018, l’Université de Bourgogne-Franche-Comté organise une journée d’étude de 10h à 17h dans l’amphi de la MSH. Plusieurs intervenants viendront s’exprimer autour du thème suivant : « Métiers du Livre, métiers d’avenir. » Des acteurs de la chaîne du livre discuteront et débattront autour de la question du futur. Des libraires, des éditeurs, des diffuseurs mais aussi des représentants seront présents. Quoi de mieux pour pouvoir appréhender ces différents métiers que de venir les rencontrer et d’échanger avec eux ?

Un manque de communication dans les métiers du livre

François Grosso sera également présent lors de cette journée d’étude. Pour lui, cette rencontre ne peut amener que des échanges intéressants et fructueux. Même si on parle toujours de « chaîne du livre », les acteurs de cette chaîne ne sont pas toujours en contact les uns avec les autres. Chacun a tendance à concevoir son métier sans considérer celui des autres. Pourtant l’image de la chaîne parle d’elle-même : un libraire a besoin d’un éditeur et un éditeur a besoin d’un libraire. En ne communiquant pas assez, certaines informations sont biaisées et amènent à des incompréhensions. Par exemple, François Grosso explique que certains libraires ont peur de commander des livres directement à un éditeur, pourtant cette phobie est totalement infondée et elle peut être à l’origine d’une discorde entre ces deux corps de métier.

Une discussion pour un avenir plus propice ?

Les échanges entre les différents acteurs de la chaîne du livre qui ne se rencontrent pas tous les jours peuvent donc amener à des réflexions utiles et nécessaires. Pour François Grosso, il y a un manque de communication important et un travail d’éducation à faire par tout le monde. La richesse de l’édition française est liée au nombre de librairies : « Il n’y aurait pas tant de maisons d’éditions s’il n’y avait pas autant de librairies. Il faut en être conscient et tout faire pour défendre cette richesse-là. » La diversité et la palette de choix proposées dans les librairies n’est possible que grâce aux risques que prennent certains éditeurs. C’est cette diversité qui peut démarquer une librairie d’une autre. De plus, des lecteurs ne cherchent plus à se déplacer pour acheter leur livre, ils préfèrent payer des frais de port plutôt que de descendre leurs escaliers. Toutes ces questions sont à soulever et des mentalités sont à changer. Espérons que les échanges qui auront lieu lors de cette journée seront un premier pas vers une amélioration.

2018-12-12T15:02:10+00:0022/11/2018|Edition, Evénements|