Sophie Jomain est une auteure française qui s’est tournée vers l’écriture après avoir exercé durant plusieurs années le métier d’archéologue. Elle s’est fait connaître par ses séries fantastiques et contemporaines. Sonia Frisco est, quant à elle, italienne autodidacte et a commencé à écrire à partir de juillet 2000. En tant qu’auteures et avec l’essor des nouvelles technologies dont le numérique fait partie, Sophie et Sonia se retrouvent impactées au même titre que les éditeurs ou les libraires et se doivent donc d’évoluer avec leur temps. De quelle façon cela se retranscrit-il dans leur travail ? C’est ce que nous allons voir.

Un rapport au net ludique

Sophie Jomain et Sonia Frisco ont un rapport au net très présent dans leur quotidien. Elles le considèrent comme un utilitaire. Pour le travail en revanche, son utilité diffère. Alors que Sophie écrit directement sur son PC pour noter ses idées lors de la rédaction de ses romans voire sur son téléphone, Sonia, quant à elle, préfère et de loin rester « traditionnelle », ainsi, pour écrire elle n’utilise que le papier dans un premier temps. Pour elle, le toucher et  le contact avec le papier permettent de mieux matérialiser son idée. Dans un second temps seulement, elle réécrit sur son PC.

Master 2 Métiers du livre - Université de Bourgogne - Sonia Frisco auteure

Sonia Frisco

De l’utilité des réseaux sociaux pour les auteurs de nos jours

Concernant l’utilisation des réseaux sociaux, les deux auteures partagent à priori le même point de vue. Pour le travail c’est Facebook qu’elles utilisent le plus, mais de manière plus occasionnelle, elles se tournent également vers Twitter ou encore Instagram. Ces réseaux sociaux leur permettant une meilleure visibilité et promotion de leurs ouvrages. Sonia décrit Facebook comme « un lieu multiculturel » qui lui permet de côtoyer un public varié (professionnels du livre, lecteurs…).

Sonia comme Sophie voient dans cette ère digitale un avantage certain pour la diffusion des informations, pour les salons, les dédicaces et pour prévenir les fans d’une présence en un lieu, il n’y a rien de tel.

« C’est quand même une publicité hyper gratuite, quand tu as un événement, tu lances l’information, tu fais une jolie bannière, les gens font du bouche à oreille et d’ailleurs tu le vois au nombre de like sur Facebook, c’est très intéressant. » (Sophie Jomain)

Cela permet aussi de belles rencontres. En créant un groupe privé sur Facebook de discussions pour l’une de ses sagas fantastiques, Sophie a trouvé une illustratrice de talent pour la nouvelle édition des Étoiles de Noss Head paru chez Pygmalion.

Master 2 Métiers du livre - Université de Bourgogne - Sophie Jomain auteure

Sophie Jomain

Cet engouement des lecteurs pour le net, et les réseaux sociaux en particulier, permet selon Sophie de créer un nouveau type de lectorat. Les gens préfèrent aller chercher des avis sur les sites communautaires, les blogs et autres, ils apparaissent plus complets que des sites tels qu’Amazon ou  la Fnac. Sonia quant à elle insiste sur le fait que ces forums littéraires sont extrêmement positifs puisqu’ils rapprochent les personnes sous une bannière commune, l’amour de la littérature, cette diversité constituant la richesse de ces espaces.

Elles possèdent toutes les deux un site internet, mais ces derniers présentent beaucoup moins d’échanges avec leurs lecteurs. Sonia considère le site qu’elle a créé avec son époux comme son « image publique » et sa « carte d’identité ». Internet est un outil de communication pour ces auteures qui modifie les pratiques et les habitudes du public. La proximité avec le lectorat étant grandement facilité par ces réseaux sociaux.

Plutôt papier ou numérique ?

L’avis des deux auteures divergent sur cette question. Pour Sophie peu importe, elle n’a pas de préférence. Il s’agit de deux notions bien différentes. En terme de budget le numérique est plus intéressant mais pour le côté nostalgique c’est le papier qui va dominer bien sûr. Sonia quant à elle, a un avis beaucoup plus tranché sur la question. Elle confie qu’elle n’aime pas beaucoup voir ses textes apparaître en version numérique.

« Amazon a bien des avantages dans bien des domaines, mais jamais il ne remplacera le libraire… la personne qui vous parle, qui vous écoute, qui vous conseille, qui partage avec vous ses émotions et son avis » (Sonia Frisco)

Concernant la question de la vente en ligne et notamment d’Amazon, elles portent un regard similaire sur la question. Amazon possède de nombreux avantages dans bien des domaines et chacun est en droit de choisir. Sophie insiste néanmoins sur le fait qu’il est très bon commercial, avec un très bon service après-vente, une livraison rapide et efficace. Bien sûr il tue les magasins de proximité mais cela soulève selon elle d’autres questions liées au service. De plus, certaines personnes n’aimant pas chiner en librairie, Amazon apparaît comme un bon compromis, même si, pour Sonia, rien ne remplacera jamais une librairie. Sophie vend plus de livres papiers que de livres numériques néanmoins la concernant elle n’affiche pas de préférence marquée pour l’un ou l’autre support. Elle insiste sur le fait qu’il faut vivre avec cette avancée numérique.

« On n’a pas le choix, il faut vivre avec le numérique, tu ne peux pas t’en passer. » (Sophie Jomain)

Nous conclurons en laissant la voix à nos deux auteures : « Est-ce que je serai nostalgique des livres papiers si je n’en avais plus ? Oui ! » nous confie Sophie. Sonia renchérissant avec ces paroles : « Le papier est l’écrin du livre ».

Faustine Meyssonnier, Master 2 Métiers du Livre, Université de Bourgogne