L’éditeur et l’imprimeur, l’un découvreur de nouveaux talents, l’autre fabricant d’ouvrages, sont tous les deux animés par une même passion : la création de livres. Évoluant depuis des années et bien ancrés dans la société aujourd’hui, ce sont pourtant des métiers qui vacillent entre mythe et réalité. Maud Simonnot, autrice et éditrice chez Gallimard, apporte son point de vue.

Imprimeur, un métier en constante évolution

Quelques siècles plus tôt, l’imprimeur bénéficiait d’une image prestigieuse dans le monde du livre. Doté de compétences techniques uniques, son rôle se révélait primordial dans la conception de l’ouvrage imprimé. Au fil des années, comme une histoire au fil des pages d’un roman, le métier a beaucoup évolué.

À l’époque de Maurice Darantière

D’illustres imprimeurs, autres que Johannes Gutenberg (1400-1468), ont imprimé leur nom à l’Histoire. C’est le cas de Maurice Darantière (1882-1962). Après avoir repris l’imprimerie dijonnaise de son père, Victor Darantière, lequel possédait déjà un rayonnement national, Maurice apporte une dimension nouvelle à ses imprimés en réalisant des publications extraordinaires. Fait tout à fait marquant : c’est lui qui s’occupe de l’impression du roman Ulysse de James Joyce. En plus d’être doté de mains expertes, Maurice Darantière est également un éditeur hors pair et un découvreur de talents. Maud Simonnot, éditrice chez Gallimard, a consacré une thèse sur la vie littéraire en Bourgogne, dans laquelle elle s’intéresse particulièrement au personnage. Des zones d’ombre planent, encore maintenant, sur l’ensemble de la biographie de cette figure incontournable du secteur de l’imprimerie d’autrefois…

Un lien fort entre imprimeur et éditeur

À l’époque de la famille Darantière – et même bien avant – les imprimeurs pouvaient se glisser dans la peau des éditeurs. Ils s’occupaient, ainsi, directement des relations avec les auteurs. Le rapport entre les deux professionnels du livre a muté depuis. Il n’est plus direct. Le lien subsiste désormais par le biais du service de fabrication intégré aux maisons d’édition.

L’imprimeur est un proche collaborateur fondamental de l’éditeur. L’ensemble de leur relation est bâti sur la confiance. Les imprimeurs sont les heureux élus lorsqu’ils sont capables d’imprimer des ouvrages avec une qualité suffisamment remarquable. La réactivité est aussi une caractéristique très recherchée.

L’imprimerie au XXIe siècle : un fléau environnemental ?

Qui dit conception de livres, dit forte utilisation de papier. À l’heure actuelle, les problématiques environnementales sont enracinées au milieu des préoccupations sociétales. Des organisations non gouvernementales (ONG) incitent certaines firmes à privilégier l’édition numérique.

« Publier à évidemment un impact environnemental. Nous ne pouvons pas dire le contraire. Mais des initiatives sont déjà prises ! Il y a moins de gâchis qu’avant comme nous faisons beaucoup plus attention à la découpe, à l’utilisation du papier et à ce qui est pilonné. » Maud Simonnot

En France, les grandes maisons d’édition – dont Gallimard – tentent d’exploiter du papier recyclé, tout en imprimant le moins possible pour éviter un pilonnage inutile. L’engagement se ressent de plus en plus à ce niveau.

Éditeur : de la lecture du manuscrit à la conception du livre

Ce n’est pas un scoop : l’éditeur est le maillon central de la chaîne du livre. Amoureux de la langue française – ou étrangère – explorateur au cœur de la jungle de manuscrits et découvreur de plumes ingénieuses, il s’agit d’un professionnel polyvalent.

« Un lecteur professionnel »

Pour devenir éditeur, il est essentiel de vouer un amour à la lecture. Des dizaines, des centaines voire des milliers de manuscrits s’empilent chaque année sur son bureau. Le géant Gallimard en reçoit près de 8 000 en douze mois.

« Je lis entre 200 et 300 manuscrits par an. Parmi ceux qui sont reçus et triés, il y en a que je vais lire, parfois aimer et donc publier. Sur l’ensemble des récits que je réceptionne sur une année, j’en garderai en général un seul. » Maud Simonnot

Pour Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur des éditions P.O.L., l’éditeur est un véritable « lecteur professionnel ». Il consacre une partie de son temps à la lecture de manuscrits. Toute époque, cependant, change de visage. Aujourd’hui, une part des éditeurs réfléchissent à d’autres manières de publier des livres. Ils se tournent, par exemple, vers des artistes (chanteurs, metteurs en scène, cinéastes, etc.) pour leur faire des commandes de livres, ou repèrent des journalistes ou finalement regardent sur internet. De nouvelles pratiques éclosent au sein du secteur.

Le mythe du manuscrit parfait

De nombreux éditeurs considèrent que l’écrivain de demain attend patiemment dans la pile de manuscrits, qu’ils reçoivent quotidiennement (qui sait, peut-être est-ce toi, cher lecteur ?). Alors que certains sont principalement sensibles aux histoires et à une écriture propre, d’autres désirent ardemment que leurs publications reflètent le pouls d’une société et d’une époque.

« Quand je reçois le manuscrit, même si je relève tout le potentiel, il n’est pas parfait. Il ne le sera jamais, mais j’essaye de faire avancer l’auteur le plus loin possible. » Maud Simonnot.

Maud Simonnot affirme ne jamais recevoir de manuscrits parfaits. Certains documents reçus sont, parfois, très bien préparés. Dans ce cas, l’essentiel du travail de l’éditrice est d’accompagner et d’échanger avec l’écrivain. D’autres, qui possèdent une plume exceptionnelle, ont besoin de retravailler et de balayer leur texte.

Un entrepreneur au cœur de la chaîne du livre

Le rôle de l’éditeur ne se résume pas qu’à l’activité de lecture. À la tête d’une entreprise et de toute une équipe, il conserve en lui l’âme d’un entrepreneur. Son objectif n’est pas seulement de confectionner des livres qui lui plaisent, mais également de réussir à les vendre. Pour ce faire, il s’appuie sur une cascade de réseaux (libraires, journalistes, etc.). Il développe une série d’initiatives afin de maintenir son navire à flot, sur une mer plus ou moins houleuse.

« Ce qui est beau, c’est le lien entre création et entrepreneuriat. » – Maud Simonnot

Quel avenir pour l’édition ?

Comme tout secteur professionnel, le domaine de l’édition est jalonné de challenges. Alors que le nombre de lecteurs dégringole la pente toujours plus encombrée de livres, et que le numérique ainsi que l’autoédition se développent, que réserve le Saint patron Jean Bosco à l’éditeur ?

Les défis des éditeurs

Selon Maud Simonnot, le principal défi consiste à atteindre le lectorat, dont le nombre d’individus ne cesse de décroître ces dernières années. La programmation semble donc être d’une grande importance. L’œil de lynx de l’éditeur doit impérativement repérer le moment adéquat pour exhiber l’ouvrage au grand jour, et lui trouver un maximum de lecteurs. Même si la maison d’édition bénéficie d’un certain prestige, le but reste le même : savoir donner l’envie au public d’acheter les livres publiés.

Un secteur actuellement en difficulté ?

Avec un accroissement de petites maisons d’édition et de librairies qui mettent la clé sous la porte, la vision globale de l’avenir du milieu reste relativement sombre. Pendant que le métier tend à s’industrialiser, le public se cantonne toujours aux mêmes livres. Maud Simonnot constate un véritable manque de curiosité.

« Je pense que si nous interviewions n’importe lequel de mes collègues dans le monde de l’édition, nous aurions une vision extrêmement pessimiste. » Maud Simonnot.

Et pour enfoncer le clou, l’implacable crise économique actuelle n’épargne en aucun cas le secteur culturel. Une atmosphère assez anxiogène pèse sur les acteurs de la chaîne du livre…Mais pour combien de temps ?

« Nous pouvons espérer, comme cela a été le cas durant plusieurs périodes de l’Histoire, un regain pour l’édition et la culture en général. » Maud Simonnot

 

Joséphine Voisart – Master2 Métiers du livre Dijon – 2019-2020

Copyright (photo) : Francesca Mantovani / Gallimard