En 2018, 70 % des Français avaient déjà entendu parler de « financement participatif » et 36 % de l’équivalent anglais « crowdfunding » selon une enquête réalisée par l’association Financement Participatif France. Mais alors, comment fonctionne ce type de financement, quels sont ses avantages et qui y a recours dans le cadre de l’autoédition ?

La place du financement participatif dans l’autoédition

Les plateformes de financement participatif, comment ça fonctionne ?

Le financement participatif, ou crowdfunding, offre la possibilité de collecter des fonds auprès d’internautes dans le but de financer un projet. Les plateformes participatives fonctionnent habituellement sur le principe du « tout ou rien ». C’est-à-dire que si le porteur de projet n’atteint pas son objectif de collecte lors de la période déterminée, tous les contributeurs sont remboursés de leurs dons. Ces plateformes perçoivent généralement 5 % des fonds collectés et 3 % lié aux commissions des prestataires de paiement.

Des plateformes généralistes aux plateformes régionales

Les plateformes de financement participatif sont nombreuses. En France, les leaders sont Ulule et Kiss Kiss Bank Bank. Ces plateformes généralistes permettent aux internautes de soutenir des projets variés et aux porteurs de projet d’élargir leur public cible. En plus de ces plateformes au rayonnement national et, parfois même, international, d’autres initiatives ont vu le jour. C’est le cas des plateformes de crowdfunding régionales. Kengo est une plateforme bretonne créée en 2015 qui joue la carte de l’hyper-local. Seuls les projets Bretons ou en lien avec la Bretagne sont acceptés. Le but est de développer l’économie régionale tout en soutenant une communauté bien précise. Tout comme les leaders Kiss Kiss Bank Bank et Ulule, la commission du site est de 8 %. Néanmoins, le projet peut être financé même si le créateur n’atteint que 70 % de l’objectif de collecte, contre 100 % pour les deux autres sites.

Le succès des plateformes de financement participatif

Des projets multiformes

Même si la plupart des plateformes de crowdfunding sont généralistes, elles sont très largement sollicitées par les créateurs qui souhaiteraient s’auto-éditer. Livres audio, bandes dessinées, mangas, romans, revues sont autant de projets que soutiennent les internautes. La difficulté à trouver un éditeur, l’avènement de l’ère numérique ou la volonté d’indépendance ont conduit les auteurs à l’autoédition. En choisissant l’autoédition, l’auteur doit se charger de toutes les étapes de création, fabrication, publication et diffusion. Il gagne néanmoins en autonomie et liberté de choix.

Le financement participatif en chiffres

En 2021, pour Kiss Kiss Bank Bank, les projets de livres enregistraient 73 % de réussite et ceux dans le domaine de la bande dessinée 76 %. Pour Ulule, 82 % des projets de bandes dessinées se sont concrétisés contre 72 % pour les projets d’édition et journalisme. Kengo, la plateforme bretonne, atteint, quant à elle 78 % de réussite tout projet confondu (pas de chiffres détaillés pour les projets éditoriaux).

Les avantages de l’autoédition par financement participatif

La proximité avec sa communauté de lecteur

De plus en plus d’auteurs ont recours à l’autoédition et aux plateformes de crowdfunding pour financer leurs projets. Les avantages de ces plateformes sont nombreux. Premièrement, ces sites permettent de jauger l’intérêt des internautes pour un projet et d’obtenir des retours. Ensuite, ils permettent également aux créateurs de se faire connaître et d’agrandir leur communauté tout en étant au plus près des contributeurs. Plus le créateur est transparent sur ses coûts, plus il aura de chance de convaincre les potentiels participants.

L’aspect financier

Grâce à ces plateformes de financement participatif, les créateurs sont certains de ne pas produire à perte grâce aux précommandes. Si leurs ouvrages sont publiés au format papier, ils ne lanceront la production que de ceux commandés. De plus, ils n’ont pas besoin d’avancer trop d’argent puisque la somme de la collecte sera reçue avant l’impression du livre. Le seul bémol de ces plateformes est qu’il faut, généralement, être sûr d’obtenir les 100 % de l’objectif de collecte. En effet, dans le cas contraire, le créateur ne reçoit rien et les investisseurs sont remboursés. De cette façon, il est plus prudent d’envisager une collecte assez basse au départ afin d’être sûr de percevoir les investissements des internautes. Il arrive très souvent, pour un projet bien présenté, que la somme initialement prévue soit dépassée.

Une passerelle vers l’édition traditionnelle

Les maisons d’édition, bien que débordées par les manuscrits reçus, sont très attentives à ce qui se passent sur Internet. Internet, peut, en effet, permettre de dénicher les futurs écrivains à talents. Aurélie Valognes, Laure Manel et Bruno Combes avaient étés repérés sur Internet et ont, ensuite, débuté une carrière d’écrivain. Ces plateformes de financement participatif permettent aux auteurs de donner plus de crédibilité à leur projet vis-à-vis des maisons d’édition. En effet, un éditeur pourra être plus sensible au projet d’un écrivain auto-édité qui aura déjà reçu des retours positifs en ligne.

Un financement qui n’est pas réservé aux primo-auteurs

Des auteurs confirmés qui s’éloignent de l’édition classique

Les auteurs peuvent choisir, pour plus de libertés et d’indépendance, d’opter pour l’autoédition. C’est le cas du duo Maliki depuis 2016. Au départ, Ankama éditait le duo. Maliki a, ensuite, opté pour un système alternatif avec moins d’intermédiaires, de surproduction et de contrats dévalorisants pour l’auteur. C’est un pari gagnant pour le duo puisque leur communauté est restée très proche d’eux. Elle leur permet de se rémunérer grâce aux précommandes ou aux dons. Récemment, leur communauté leur a, une fois de plus, prouvé leur loyauté. Maliki a réussi l’exploit d’écouler en moins de 24 heures 800 exemplaires d’une édition collector de Hello Fucktopia destinés au pilon.

Maisons d’édition et financement participatif

Il est de plus en plus courant que les maisons d’édition recourent aux plateformes de financement participatif. C’est notamment le cas de petits éditeurs qui ne peuvent pas vivre sans l’aide des internautes. Rouquemoute est un de ces éditeurs. Cette maison d’édition a un modèle économique unique puisqu’elle mise tout sur les préventes sur Ulule et Kiss Kiss Bank Bank. Seulement après cette étape de préventes, Rouquemoute sort officiellement ses publications en librairie. Ces plateformes de crowdfunding sont essentielles pour ces petits éditeurs puisqu’elles leur permettent de voir si un livre va fonctionner avant de le publier.

Laurie Hoffman – Master Métiers du Livre – Dijon

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