Désormais, à l’hôpital, on peut (re)découvrir le plaisir de la lecture. L’offre proposée est encore peu connue du grand public et assez hétérogène mais bénéfique à bien des aspects.

Quel cadre juridique pour la lecture à l’hôpital ?

La lecture partout, même dans les établissements de soin

Plusieurs conventions signées par les ministères de la Santé et de la Culture ont posé le cadre de la lecture et de la culture à l’hôpital. Dès 1999, on recommande notamment la mise en place de bibliothèques dans les établissements de soins. Ensuite, « la convention Culture et Santé de 2010 élargit le développement de projets culturels au secteur médico-social » (selon le site du Gouvernement). Pourquoi l’État se soucie-t-il de cela ? Car la lecture publique doit être accessible à tous, comme le précise la Charte des bibliothèque adoptée en 1991 :

« Aucun citoyen ne doit en être exclu du fait de sa situation personnelle. »

Amener les livres auprès des publics « empêchés » par les contraintes hospitalières

Les personnes hospitalisées entrent dans la catégorie des « publics empêchés », c’est-à-dire de ceux qui ne peuvent pas aller à la bibliothèque, au même titre que les personnes à mobilité réduite ou incarcérées*. Il faut donc que les livres viennent à elles. Cela nécessite des réflexions et des actions. D’où le développement, notamment, de bibliothèques d’hôpitaux « hors les murs » et d’actions pour aller à la rencontre de ce public spécifique. Selon le rapport fait en janvier 2007 à la demande du Ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, « 9 établissements [de santé] sur 10 disposent de ressources documentaires » (dans des bibliothèques, points lecture ou armoires). Le CHU de Dijon en fait partie.

Les différents visages de la lecture à l’hôpital

Diverses formes de prêts de livres en milieu hospitalier

Les bibliothèques d’hôpitaux proposent généralement un service particulier : le service au chevet, avec le chariot qui permet d’apporter une sélection d’œuvres jusque dans la chambre des patients. C’est une proposition importante pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer. Mais il faut aussi que les personnes puissent accéder à une salle de lecture si elles le souhaitent, car cela casse la routine des journées dans la chambre. De plus, cela permet de ne plus avoir l’impression d’être un malade, mais un usager de la bibliothèque parmi d’autres : d’ailleurs, patients et personnel de l’établissement peuvent s’y croiser.

Des animations autour de la lecture à destination des malades

Les salariés et bénévoles qui gèrent tout cela ne se contentent pas d’amener le livre dans les hôpitaux. Non seulement ils communiquent sur le sujet, mais ils proposent aussi des animations afin de toucher un maximum de personnes et de les accompagner dans ce parcours culturel. De nombreuses actions sont menées dans les établissements de soins, qu’il s’agisse de déclamations à voix haute, de lecture de la presse, d’ateliers d’écriture… Il existe aussi des propositions plus originales comme la venue de conteurs ou encore le « Distributeur d’histoires courtes » mis en place dans le hall du CHU de Nantes : on lui indique combien de temps on a pour lire, même si ce n’est que deux minutes, et il nous imprime de courtes histoires.

Le livre, médecin de l’âme à l’hôpital ?

La lecture comme lien entre l’hôpital et le monde extérieur

La présence de bibliothèques dans les établissements de soin permet aux patients de rester connectés au monde extérieur. En effet, ils peuvent se tenir informés grâce aux journaux (s’ils préfèrent ce support à la télévision), ont accès à des œuvres dont ils peuvent parler ou débattre avec d’autres… C’est un lieu de socialisation où on peut évoquer ce que l’on veut, loin des échanges autour de la maladie avec le personnel soignant. De même, les animations culturelles sont des moments de rencontres importants. Par exemple, la médiathèque des Grésilles, à Dijon, propose des ateliers de lecture à voix haute à certains services. Ce sont les patients qui se déplacent, ce qui les fait sortir un peu de  l’hôpital. Lors de ces activités, il n’y a plus de malades ou d’infirmiers (accompagnateurs) : tous se réunissent, sans préciser leur statut, pour parler de littérature et de la vie en général.

Lire pour fuir la maladie

Les œuvres accessibles dans les hôpitaux offrent un moment d’évasion, naturellement. Même en lisant seul dans sa chambre, on peut rêver, voyager, oublier ses souffrances. Comme l’expliquent les bénévoles du Centre hospitalier sud francilien, il n’y a pas de politique, pas de religion dans leur sélection de livres ; les patients veulent des histoires qui font du bien pour se changer les idées. Mais ce n’est pas le seul remède qu’apporte la lecture : Frédéric Duton affirme que :

« L’utilisation de la lecture permet de stimuler la mémoire et les fonctions cérébrales de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Dans le même ordre d’idées, le Centre hospitalier régional (CHR) de Bordeaux a choisi d’utiliser la lecture comme activité thérapeutique à destination des adolescents ayant fait une tentative de suicide. »

Ainsi, la lecture à l’hôpital ne cesse de se développer et de vivre à travers des activités qui se diversifient.

Cyrielle Ibanès – Master 2 Métiers du Livre

 

* Pour plus d’informations sur la lecture auprès d’un autre public empêché, à savoir les personnes incarcérées, cliquer ici.

Sources

  • Frédéric Duton, La lecture à l’hôpital : état stationnaire, critique ou convalescent ? , Presses de l’Enssib, 2006.
  • Paola Da Silva, « La lecture à l’hôpital, des initiatives pour les patients », Essentiel Santé Magazine, 19/06/2018.
  • La lecture à l’hôpital, bilan et perspectives,  F. Muet (dir.), pour le Ministère de la Jeunesse et des Sports, janv 2007.
  • Lire à l’hôpital avec les bénévoles de la bibliothèque, vidéo du Centre hospitalier sud francilien Chsf, 6/07/2018.