L’auto-édition est un phénomène en plein essor depuis les années 2010 et le développement de plateformes spécialisées en ligne. Les auteurs qui ont recours à cette méthode se libèrent de la sélection de manuscrits des éditeurs classiques mais aussi de leur expertise professionnelle. En s’écartant de la chaîne du livre traditionnelle, les auteurs auto-édités créent finalement une nouvelle voie vers la publication.

L’auto-édition, ou des auteurs qui se publient seuls

Être un auteur auto-édité c’est être un auteur qui prend lui-même en charge toutes les tâches de création d’un livre normalement réalisées par un éditeur. C’est un choix synonyme de liberté parce que l’auteur auto-édité publie le livre qu’il veut sans passer de sélection et conserve la totalité de ses droits d’auteur. Cependant, c’est aussi une charge de travail conséquente car, en se détachant du circuit traditionnel du livre – dans l’ordre : auteur, éditeur, imprimeur, diffuseur, distributeur, libraire, lecteur – il faut tout réaliser soi-même sans forcément avoir les compétences requises.

Selon l’Observatoire du dépôt légal de 2017, 45 % des premiers déposants de livre dans l’année étaient des auteurs auto-édités. Ceux-ci sont en constante augmentation depuis 2012. Ce qui prouve que, malgré les difficultés, ces auteurs parviennent à publier sans le recours des éditeurs traditionnels.

Un marché en dehors du circuit traditionnel du livre

Des auteurs qui se passent des éditeurs traditionnels

Pour résoudre les problèmes que posent l’auto-édition aux auteurs, de nombreuses plateformes d’aide à l’auto-édition se sont développées en ligne ces dernières années. Bookelis, Iggybook ou Librinova, pour en citer quelques-unes, sont des plateformes qui proposent en parallèle des conseils gratuits et des services payants. Ces sites permettent à l’auteur de conserver les droits sur son œuvre tout en bénéficiant d’une prestation payante seulement sur les services qu’il sollicite, comme la correction ou la promotion par exemple.

Cette offre différente de celle des éditeurs traditionnels a pu se développer grâce au numérique qui permet aux auteurs une plus grande facilité de conception et de diffusion des ouvrages sous forme d’e-book. L’impression à la demande, conçue dans les année 2000, leur permet également de réaliser une version papier de leur livre à moindre coût et à petit tirage.

Une présence majoritairement sur les librairies en ligne

La facilité pour les auteurs auto-édités de créer des livres au format numérique entraîne donc une dématérialisation de leur production. Les réseaux classiques de diffusion et de distribution du livre sont alors laissés à l’écart. Les plateformes d’auto-édition comme Bookelis – où l’auteur lui-même se charge de ces démarches –, et les livres sont, pour la plupart, uniquement visibles sur les  sites de grandes librairies en ligne.

D’ailleurs, Amazon propose à la vente une large gamme de livres auto-édités à faibles prix. Ces livres proviennent bien souvent directement de sa propre plateforme d’auto-édition Amazon Kindle Direct Publishing qui propose aux auteurs un système d’exclusivité Amazon, réduisant ainsi l’accès aux ouvrages pour les libraires.

Pourtant les librairies traditionnelles peuvent si elles le souhaitent et si l’auteur en fait la démarche accepter des livres auto-édités dans leurs rayons. De même, elles ont la possibilité de commander ces livres s’ils ne sont pas en exclusivité.

Une offre de livres plus complémentaire que concurrentielle

La possibilité pour tous de publier son livre

Bien que l’auto-édition reste une création en parallèle de la chaîne du livre, il convient de la considérer plus comme une offre complémentaire que véritablement concurrentielle. Toujours selon l’Observatoire du dépôt légal de 2017, les ouvrages déposés qui étaient des livres auto-édités ne représentaient que 6 % du total des dépôts de l’année.

Cela peut s’expliquer par la faible production annuelle des auteurs. En effet, le profil des auto-édités varient fortement d’une personne à l’autre. Certains auteurs cherchent à se faire repérer par l’édition classique et y arrivent parfois comme Agnès Martin-Lugand et Les Gens heureux lisent et boivent du café. D’autres encore viennent de l’édition traditionnelle et décident de s’essayer à autre chose avec l’auto-édition comme Marco Koskas ou Jean-Michel Apathie. Mais de nombreux autres auteurs se tournent vers l’auto-édition dans le but de toucher un public réduit sur des sujets de niches ou intimes. Enfin, il existe des auteurs « indés » qui revendiquent leur liberté face à l’édition classique.

Les plateformes comme possibles passerelles vers l’édition classique

Les éditeurs traditionnels ont aujourd’hui pris conscience du phénomène de l’auto-édition et du potentiel vivier d’auteurs qu’elle représente pour eux. Ainsi, les maisons d’éditions s’informent régulièrement sur les livres auto-édités. Certaines ont même développé des partenariats avec des plateformes en ligne.

Par exemple, Librinova propose un programme « agent littéraire » aux auteurs ayant dépassé un certain nombre de ventes. La plateforme collabore aussi avec une trentaine d’éditeurs qui peuvent avoir accès à de nombreux renseignements : meilleures ventes, avis des lecteurs… et ainsi éventuellement contacter les auteurs pour un futur contrat.

 

 

Marie Margerie – Master 2 Métiers du Livre 2018-2019