Samedi 12 septembre 2020, au cœur de Dijon, se tenait le 8ème marché des éditeurs de Bourgogne Franche-Comté, co-organisé par la Bibliothèque Municipale et l’Agence Livre et Lecture. À la faveur de l’été indien, l’occasion était belle de découvrir l’éclectisme du paysage éditorial régional et de balayer au passage quelques idées reçues sur ce secteur. Focus sur ces personnalités dont les entreprises forment un segment qui nourrit l’économie du livre et favorise sa diversité.

Édition régionale = dictionnaire de patois et livre de recettes traditionnelles ?

Lorsque l’on parle d’édition en région, on a tôt fait de la réduire à des parutions ancrées dans le seul terroir, le folklore et les traditions locales, non ?

Si la veine régionaliste a bien sûr toute sa place dans ce cadre, les 26 maisons invitées à la manifestation avaient encore plus à offrir ; chacune est composante originale d’un paysage littéraire éclectique, chacune est garante de partis pris éditoriaux exigeants, voire réellement audacieux. Le champ des ouvrages présentés était donc vaste, s’étendant du recueil de poésie contemporaine au livre d’art en passant par l’essai, le polar ou le fantastique. Pêle-mêle, on aura pu se laisser subjuguer par de superbes collections Jeunesse, rester intrigués par des romans visiblement plébiscités ou encore découvrir une littérature « de niche » des plus pointues…

Désormais délestés de nos a priori, partons à la rencontre de 5 de ces entrepreneurs pas comme les autres. Qui sont-ils, eux qui souffrent d’une injuste invisibilité sur nos rayons de bibliothèques ou nos tables de librairies, et qu’ont-ils à nous dire ?

Éditrices et éditeurs bourguignon.es ou franc-comtois.es : qui êtes-vous ?

Des voilures et des statuts juridiques variés

En ce samedi radieux, en plein centre historique de la ville, on les trouve donc enthousiastes et prompts à l’échange. Ils ont les visages multiples de l’entrepreneuriat : SAS de plusieurs associés, SARL, EIRL ou association loi 1901, voici autant de formes juridiques adoptées par les éditeurs en Bourgogne Franche-Comté. Il y a parmi eux des professionnels chevronnés, passés pour certains par les « grandes maisons », des personnes achevant une reconversion ou encore des bénévoles dévoués mais non moins performants pour déterminer leur identité éditoriale. Malgré ces voilures de toutes envergures qui vont de la micro-structure à la « maison de renom national », on rencontre partout la même passion, la même irréductible détermination à publier des ouvrages marqueurs du temps – lointain parfois, actuel souvent, pourquoi pas futur – et ce besoin fondamental de transmission.

Des identités éditoriales fortes et des partis pris affirmés

Romain Pigeaud présente le catalogue de Tautem et la diversité de son métier d’éditeur, diffuseur et distributeur ; avec pour cœur de cible les boutiques de musées ou de sites patrimoniaux, son vœu est de mettre l’Histoire et l’archéologie à portée de tous grâce à des romans pour la jeunesse et les adultes, des documentaires et même de la BD ; les auteurs sont souvent des pointures renommées dans leur domaine à l’instar de Jean-Claude Golvin (« le maître de la reconstitution antique ») ou de Pierre Gemme venu dédicacé son dernier roman Jeunesse. Près de 900 libraires proposent en France les ouvrages édités par ses associés et Romain Pigeaud qui explique, en homme d’expérience :

« L’éditeur, ce n’est pas seulement un service de repro, il aide réellement l’auteur à accoucher du livre. »

Pour Les éditions du Citron Bleu, il s’agit de marier contemporanéité et régionalisme aux intrigues des polars qu’elles publient… et ça marche ! Les lecteurs fidèles en redemandent, friands de retrouver au fil des pages les descriptions familières de la Franche-Comté. Seule au four et au moulin pour faire connaître ses 10 autrices et auteurs, Léocadie Maniguet indique :

« Nous publions en particulier des romans très contemporains qui doivent montrer les particularités de notre région pour que les lecteurs la découvrent sous un autre jour. »

Sur le stand des éditions Coxigrue on découvre également des romans où cette fois l’alliance s’opère entre suspense et nature writing à la franc-comtoise. Rien que ça ! Inédit, n’est-ce-pas ? L’éditrice bisontine Geneviève Mazin est fière de nous présenter les autrices et l’auteur de sa maison : Aurore Mamet, Philippe Koeberlé et Christine Bonnard.

« Ils ne sont que 3 mais nous vendons en France et dans les pays limitrophes jusqu’à 15 000 exemplaires ; aujourd’hui nos romans reçoivent des prix de lecteurs, une reconnaissance très importante à mes yeux », nous dit-elle.

Quelques pas plus loin, on trouve La clé d’argent qui, plus de 30 ans après sa fondation, perpétue une littérature de l’imaginaire d’hier, d’aujourd’hui… de demain, d’ici et de là-bas ; tout ceci caractérisé par une modernité frappante. Même en fin de journée, l’incontournable Jean-Pierre Favard, auteur et directeur de collection, ne manque ni de disponibilité ni de conviction pour évoquer sa politique éditoriale :

« Je suis avant tout un grand lecteur et amateur des auteurs que je contacte pour contribuer à la collection KholekTH. Notre univers est bien sûr très Lovecraftien. »

Pour terminer avec un grand coup de cœur, il faut parler de Migrilude, exemple parfait de la toute-petite-maison excellant à offrir des collections d’une rare pédagogie couplée à une qualité artistique exceptionnelle. Positionnée sur un créneau peu commun voire inconnu, le multilinguisme, il est ici question d’accueillir la langue de l’autre comme point de départ de l’aventure… littéraire, mais pas seulement ! Pour Virginie Kremp, sa passionnante fondatrice,

« la ligne éditoriale de MeMo est une référence en matière de publication d’ouvrages hors du commun ».

Pari tenu, car les parutions de Migrilude sont remarquables…

Les 21 autres maisons d’édition présentes ce jour-là étaient toutes aussi riches et créatives que celles que nous venons de découvrir… Certaines sont bien connues (Faton, Les Doigts qui Rêvent), d’autres sont encore à peine visibles (P.I. sage intérieur), les unes sont toutes jeunes, les autres bien moins. Pour les connaître toutes – elles en valent la peine ! – plongeons sans tarder dans leurs univers qui nous mèneront sans doute bien au-delà de la Bourgogne Franche-Comté.