Dragons, royauté, sociétés secrètes et magie : Le Prieuré de l’Oranger de Samantha Shannon rassemble tout cela dans un long roman (987 pages) de Fantasy. Paru en octobre 2019 aux éditions De Saxus, l’ouvrage fait de nouveau parler de lui puisqu’il fait partie de la sélection de deux prix dans son domaine : le prix Elbakin.net, et le prix Imaginales, à chaque fois dans les catégories « Jeunesse ». Une sélection qui donne l’occasion de revenir sur ce livre, une petite révolution dans son domaine.

Un véritable ouvrage de fantasy

C’est définitivement de fantasy qu’il s’agit : un monde lointain, ancien, et qui n’a pas grand chose à voir avec le nôtre. Un ensemble de pays, de cultures, de sociétés, et de personnages, si loin de nous qu’on s’y plonge rapidement, et qu’on se coupe de tout ce qu’il y a autour de nous. Et surtout, un Mal, lointain, dangereux, si ancien que son nom s’est effacé des mémoires, mais pas la peur qu’il inspire, et qui n’a pas aussi disparu qu’on le pensait.

Entre intrigues politiques, espionnage et combats, Samantha Shannon livre une représentation épique de ce monde nouveau. Centré sur quatre personnages qui tentent tant bien que mal de réussir leurs quêtes, de la protection d’une reine en danger à la maîtrise de la chevauchée de dragon, on se retrouve au cœur d’une lutte pour l’avenir de l’humanité, dans l’espoir que l’ennemi commun rassemblera les peuples opposés. Ainsi, Ead, Tanè, Loth et Niclays, deux femmes et deux hommes, se retrouvent à lutter ensemble, et doivent pour cela passer outre leurs nombreuses différences.

Une respiration de diversité dans un genre masculin

Car c’est là le point commun des critiques du livre, quelle que que soit leur opinion : on est face à des personnages diverses, et surtout féminins qui se démarquent, et ne sont pas caractérisés, comme c’est (trop) souvent le cas, par leur rôle de mère, fille, épouse de. Car, et c’est communément admis, la fantasy est un genre très masculin et beaucoup d’auteurs, écrivent sur des femmes qui ne sont présentes qu’en soutien, porteuses d’espoir, voire dans les cas les plus poussés, des femmes objets. Et même si les autrices entrent de plus en plus sur le devant de la scène, elles sont encore relativement peu mises en avant.

« J’ai voulu ré-imaginer la légende de George et le dragon, c’était vraiment le point clé : il me fallait apporter un point de vue féministe à cette légende très masculine. […] J’avais envie de quelque chose où on accepte tout le monde, homme comme femme, ainsi que toutes les les diversités. C’est pour cela qu’il y a des gens de couleurs, qu’il y a une représentation de la population queer LGBT »

Alors Le Prieuré de l’Oranger ouvre une nouvelle porte : celle d’une représentation de genre, de sexualité aussi, puisqu’il présente une romance non-hétérosexuelle, un cas rare dans la fantasy, de race, variée. Un vent d’air frais dans un monde ou la question de la diversité revient souvent dans les débats, des amateurs du genre, tout autant chez les lecteurs que dans le domaine entier, qui compte aussi jeux-vidéos, jeux de rôles, films, en plus des livres. Et avec elle, la possibilité d’une ouverture à un nouveau public, qui, connaissant ce manque de représentation dans le genre, ne s’en approche pas, faute d’envie et d’intérêt pour des œuvres dans lesquelles ils ne se reconnaissent pas et n’arrivent pas à se plonger.

Quelle réception ?

La réception de l’ouvrage est cependant nuancée. La critique mise en avant par la maison d’édition est celle de Laure Eve, une autrice franco-anglaise, qui compare l’ouvrage à la saga littéraire Game of Thrones (une critique qui laisse dubitatif sur le classement du Prieuré de l’Oranger en jeunesse, lorsqu’on connait l’oeuvre de G.R.R. Martin). Le New York Times comme le Sunday Times (périodiques américain et britannique), le classe en Best Seller, et de nombreuse critiques encensent l’ouvrage. D’autre, plus nuancées, dénoncent un manque de subtilité dans l’histoire, voire un certain manichéisme, tout en admettant les aspects positifs du livre, vu en partie plus haut.

Cependant, sa sélection à non pas un seul mais deux prix littéraire, et même s’il ne fait pas partie des lauréat (c’est Thornhill de Pam Smy qui emporte la palme du prix Elbakin.net, catégorie Romans jeunesse traduit, et L’Estrange Malaventure de Mirella de Flore Vesco qui gagne celle du Prix Imaginale, catégorie Jeunesse), démontre un certain talent de l’autrice pour ce premier roman de fantasy. Et pour trancher, entre tous ces avis, il ne reste qu’une chose à faire, le lire !

Résumé de l’ouvrage dans son édition française

« La maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle…
Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages. Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela.
De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues. Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence.
Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil…

Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces. »

Sources

https://www.bustle.com/p/the-priory-of-the-orange-tree-is-epic-feminist-fantasy-perfect-for-fans-of-game-of-thrones-16164155

https://www.hypable.com/the-priory-of-the-orange-tree-epic-fantasy/

https://www.tor.com/2019/02/28/standalone-fantasy-short-on-complexity-the-priory-of-the-orange-tree-by-samantha-shannon/#comment-855150

https://fantasygenre.hypotheses.org/106

https://aliceneverland.com/2019/11/26/rencontre-avec-samantha-shannon/

Copyright : Photo de la maison d’édition De Saxus, via Twitter, 23 Octobre 2019

Klothilde MARTIN-MARCINEK – M2 Métiers du livre 2020-2021