J’ai rencontré Lilia Hassaine au festival Livres dans la boucle à Besançon. L’autrice m’était inconnue, et à vrai dire, je pensais avoir affaire à un premier roman. Que ne fut pas ma surprise et, après lecture, ma satisfaction de savoir Soleil amer sélectionné au Prix Goncourt 2021. Toutefois, ce roman n’a pas été plus loin que le premier tour ce qui est regrettable.

Un regard sur une aventure française

Lilia Hassaine choisit une thématique forte, celle de l’intégration difficile des populations algériennes dans la société française. Dans la douleur, les secrets et les non-dits, le lecteur suit le quotidien d’une famille sur plus de trois décennies, de la fin des années 50 jusqu’au début des années 90. On assiste à l’âge d’or des cités HLM jusqu’à leur abandon progressif. On découvre la douleur de l’exil, le poids des secrets, la condition féminine, l’intégration dans la violence, la désillusion et l’amertume d’un pays intolérant idéalisé.

La plus belle découverte de cette rentrée littéraire, entre mélancolie et ambivalence

Tout comme le titre de son roman Soleil amer, tiré d’un vers d’Arthur Rimbaud, la plume de l’autrice est poétique, mélancolique, incisive, baignée à la source de l’exil. Les mots se déroulent et enchantent la lecture. Lilia Hassaine nous conte une histoire pleine d’émotions et d’implicites. En effet, elle narre avec sensibilité et élégance les tourments d’une famille déracinée qui n’est plus ni d’un pays ni d’un autre. Elle dépeint des héroïnes flamboyantes, toutes en quête d’émancipation et de bonheur. Certaines sont discrètes, entravées, muettes face à leur situation, à leur condition. Or, parfois, le silence peut faire comprendre ce que les mots ne peuvent pas. On ne ressort pas indemne de ce roman.

Soleil amer ne correspond en rien à mon histoire. Déracinement, exil, chômage, rejet, maladie, brutalité. Pourtant, il m’a happé brusquement pour finir par m’abandonner ébranlée et interdite. Ébranlée par son intensité et sa profondeur. Interdite par la violence et la véhémence de ces thèmes. Tout au long de l’œuvre, l’autrice nous fait nous questionner. À sa fin, elle nous fait prendre conscience.

Un hymne à la collision

Soleil amer est un roman court, mais puissant. Nul besoin de simagrée pour bouleverser et influer sur une personne. Un livre sur la fraternité, l’appartenance et la difficulté d’être entre deux cultures. Une ode à la compréhension, à l’Algérie et sa nature, ainsi qu’à la France, pays fraternel d’accueil ambivalent.

« Certains lieux parlent la langue des souvenirs. Vous n’y êtes jamais allé, et pourtant vous reconnaissez tout. L’Algérie m’avait souvent visité. Elle était entrée dans mon cœur et y avait planté ses plantes vivaces et insoumises, capables de pousser sur la rocaille ou dans le sable. C’était mon pays intérieur. »

Camille Martinez