David Demartis et les Editions du Murmure : parcours d’un éditeur indépendant

/, Evénements/David Demartis et les Editions du Murmure : parcours d’un éditeur indépendant
  • Logo des éditions du Murmure

David Demartis et les Editions du Murmure : parcours d’un éditeur indépendant

David Demartis, co-gérant des Éditions du Murmure à Nantes, combine aujourd’hui son temps entre ses missions d’éditeur indépendant et celles de consultant en entreprise. À l’occasion de la préparation de la journée d’étude « Métiers du Livre, métiers d’avenir », il revient sur son parcours ainsi que sur sa vision de son métier et de l’avenir de la profession.

David Demartis et les Editions du Murmure

Un parcours dans les Métiers du Livre riche en rebondissements

C’est avec un diplôme d’historien en poche que David Demartis commence par occuper un poste d’ingénieur d’études à l’Université de Bourgogne. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’il rencontre celui qui l’aidera à créer le Murmure, Jérôme Martin. À la fin de ce contrat professionnel, ils se lancent tous les deux dans l’aventure et après un an et demi de démarches administratives, leur maison d’édition voit le jour : nous sommes en octobre 2002.
Mais à ce stade, la partie est loin d’être terminée pour David Demartis, car son projet n’est pas en mesure de lui offrir un revenu mensuel viable, ce qui l’oblige à cumuler deux activités. Cette contrainte va lui ouvrir plusieurs opportunités, notamment de travailler comme vendeur libraire pour la librairie Rendez-vous avec la nature à Chagny ou encore comme chargé d’économie du Livre au Conseil Régional du Livre (CRL) de Bourgogne. Aujourd’hui, fort de ces quinze années d’expérience dans le monde des Métiers du Livre, David Demartis partage son temps entre ses obligations d’éditeur indépendant et son travail en tant que consultant.

La genèse des Éditions du Murmure

Le Murmure s’est immédiatement construit autour des sciences humaines et de la littérature, d’abord pour répondre à une demande existante des universitaires, mais aussi parce que David Demartis souhaitait continuer à travailler dans cette branche.
L’activité de la maison d’édition s’est ensuite diversifiée avec la création de nouvelles collections, et notamment la naissance de « Borderline », dans laquelle des thèmes souvent délaissés par d’autres maisons d’édition sont abordés au travers d’essais et de travaux de recherche sur le corps, les tabous, et la représentation qui en est faite aujourd’hui. Pour David Demartis, il s’agit d’un « formidable terrain de jeu » dans lequel il prend plaisir à évoluer, étant donné que lui-même se revendique éditeur à la marge.
Il y a cinq ans, le Murmure faisait peau neuve, entièrement remaniée par les mains de ses créateurs. Des maquettes en passant par le logo, rien n’est laissé au hasard. Le fonds universitaire est maintenant présenté de deux façons : une première collection qui conserve le format traditionnel (« U-limit ») et la petite « Borderline ». Ces dernières sont complétées des collections « En dehors » et « 3 poètes ». Aujourd’hui, les éditions du Murmures compte 120 titres à leur catalogue donc 70 environ sont toujours actifs.

La vie d’éditeur indépendant : un long fleuve pas si tranquille que ça

Être éditeur indépendant est loin d’être de tout repos. C’est un parcours riche en couleur, en expérience, en rencontre… L’obligation – souvent systématique – dans ce genre de métiers de cumuler un ou plusieurs emplois à côté est une réalité qu’on peut juger contraignante à plus d’un titre. Mais c’est aussi le prétexte pour acquérir de nouvelles compétences, de s’ouvrir à des secteurs encore inconnus, de faire des erreurs, d’obtenir des succès. David Demartis, en tout cas, semble avoir profité de ce qui pourrait être considéré comme un frein pour s’en servir comme une force. Son expérience professionnelle variée est pour lui une belle aventure.
Et cette expérience devient justement un sérieux atout dans la vie d’un éditeur indépendant, dont le quotidien est loin d’être un long fleuve tranquille. Entre la gestion et la comptabilité, l’aspect éditorial de création (les dossiers de presse, le catalogue, la correction de copie, le travail avec le graphiste, les allers-retours sur le texte avec les auteurs, les prises de contact avec les imprimeurs…), la communication, le marketing et la partie commerciale, gérer une entreprise est forcément un lourd fardeau qui comporte son lot de doutes, de questions, de déceptions et d’efforts non récompensés. Il faut avoir une volonté de fer, savoir accepter ses échecs, pouvoir rebondir. Fort heureusement, c’est aussi un métier où l’on est fier de voir ses projets mener à bien, on l’on éprouve la satisfaction de soutenir un ouvrage que personne ne voudra défendre et qui va devenir un OVNI.

C’est avec une certaine inquiétude que David Demartis évoque l’avenir des Métiers du Livre du point de vue de l’édition indépendante. Son constat est assez simple : le fort niveau de concentration qui se poursuit au sein des grands groupes éditoriaux entraîne invariablement la disparition des structures de diffusion – distribution. Ajoutez à cela le fait que la norme aujourd’hui devient quasiment exclusivement de faire du rendement américain et il devient alors difficile aux maisons indépendantes de se démarquer au milieu de tout cela. La volonté première du Murmure c’est d’être là où le lecteur ne l’attend pas. Or, de nos jours, qui dit toucher le public, dit être obligé de coller au maximum au roman américain, ce qui va clairement à l’encontre de l’idée que se fait David Demartis de l’édition indépendante. Ainsi, il se refuse clairement à faire le choix de propositions beaucoup plus marketing – pour espérer rentrer dans les frais et rester en accord avec les attentes du grand public – et préfère continuer d’essayer de prendre le lecteur à rebrousse-poil pour lui faire découvrir autre chose.
Cependant, de son expérience, même les librairies semblent aujourd’hui très soumises aux catalogues diffusés par les plus gros. David Demartis ne part pas défaitiste mais battant. Il déclare ironiquement que si cela continue,  dans quelques années, les éditeurs indépendants et les libraires ne travailleront peut-être plus ensemble… Il est prêt à reprendre les bases, reconquérir point par point les lieux de vente, remontrer son visage alors que pendant longtemps le métier d’éditeur était un travail de l’ombre.

 

Julie Gérard – Master 2 Métiers du livre 2018-2019

2018-11-19T21:08:12+00:0019/11/2018|Edition, Evénements|