« L’âne bâté », pour une balade au plus près des lecteurs…

//« L’âne bâté », pour une balade au plus près des lecteurs…
  • Master 2 Métiers du livre - Université de Bourgogne

« L’âne bâté », pour une balade au plus près des lecteurs…

Frederick Tamain, 57 ans, est un éditeur jeunesse dijonnais qui se promène à contre courant des 142 plus grands éditeurs français (ceux-là réalisent la moitié des publications), mais il est néanmoins représentatif des 2 856 autres : sa passion ne le fait pas vivre, et nécessite une autre source de revenus, mais il ne renoncerait à cette activité pour rien au monde…

Pas de ligne droite pour « L’âne bâté »

Il n’y a pas vraiment de formation pour devenir éditeur : on le devient sur le tas, sur le tard aussi… Et Frederick Tamain n’échappe pas à la règle. Après l’obtention d’un BTS agricole en 1981, il est tour à tour berger, vendeur de jeux vidéos, libraire à L’herbe des talus à Dijon, et ce n’est qu’en 2009 que L’âne bâté ouvre ses portes à Talant dans la banlieue de Dijon, grâce peut-être à la femme de Frederick qui, professeure des écoles, fait bouillir la marmite.

Master 2 Métiers du livre - Université de Bourgogne

Des albums de qualité et engagés

Avec une quarantaine d’albums à son catalogue, Frederick Tamain souhaite transmettre des messages aux enfants, comme par exemple, « Libérez-vous des carcans que l’on vous impose », c’est ce qu’il me dit au salon du Clos-Vougeot où j’ai réalisé l’interview.

L’enjeu est d’aider les jeunes à développer leur curiosité et leur imaginaire. Pour cela les illustrations doivent selon lui sublimer le texte, comme dans Couic qui relate l’histoire d’un de ces jolis mammifères qui finit dans notre assiette après avoir été égorgé subitement au détour d’une page… De quoi devenir végétarien sinon végan…

Et pour cela, pas de numérique, peu de réseaux sociaux…

Cela ne nous surprendra pas, Frederick Tamain ne propose pas de publication de livres numériques. Il aime trop le contact avec le papier épais et l’odeur de l’encre. S’il a fait son site lui-même, celui-ci n’est pas marchand, car il refuse de couper l’herbe sous le pied des libraires. Il avoue aussi qu’il ne le met pas souvent à jour : « pas le temps, pas envie » me confie-t-il.

Il ne se promène que 3 ou 4 fois par an sur Facebook, « car cela ne me permet pas de dialoguer avec les lecteurs« , et s’il surfe volontiers sur le net (il reconnaît honteusement y consacrer parfois 12 heures par jour), il ne pense pas que ce moyen de communication incontournable aujourd’hui augmente ses revenus, il se demande même si cela ne les diminue pas…

« C’est la qualité qui augmente le chiffres d’affaire » annonce Frederick Tamain, un brin provocateur.

… Et un réseau de distribution indépendant

Pour terminer, Frederick aime sans doute la lenteur, et avec 7 autres éditeurs indépendants, il a fondé une société de distribution, Idélivre, évitant aux ouvrages bon nombre d’allers-retours inutiles, à moins que ce ne soit un acte de résistance face aux géants de la distribution… Il est vrai que l’on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif !

NB : CA de L’âne bâté en 2016 : 90 000 euros

Valérie Lacroix – Master 2 Métiers du livre 2016-2017

 

 

2017-11-24T14:44:09+00:00 13/10/2017|Edition|