L’association de Quantmetry et de DeepL a permis le développement d’un nouvel outil de traduction. Aujourd’hui, il est possible de traduire intégralement un ouvrage en utilisant une intelligence artificielle. Ce premier essai a été effectué sur l’ouvrage Deep Learning, à présent disponible en français. Mais n’est-ce pas là une nouvelle menace pour le livre et surtout pour les traducteurs ?

Un outil technologique révolutionnaire

Mêler intelligence artificielle et Deep Learning était avant tout un défi technologique. Un défi brillamment relevé par la start-up française Quantmetry, experte en intelligence artificielle, et la start-up allemande, DeepL, spécialisée en traduction automatisée en ligne. L’objectif était double : créer une intelligence artificielle capable de traduire un livre. Et proposer la traduction de l’anglais au français d’un texte scientifique pour une meilleure diffusion des sciences.

« Ce livre constitue une excellente introduction aux algorithmes et concepts les plus importants. Pour tout chercheur, ingénieur ou étudiant cherchant à comprendre ou utiliser les techniques d’apprentissage profond, ce livre est un pré requis indispensable. » (Francis Bach – Préface)

L’ouvrage en question n’est autre que le best-seller anglais Deep Learning de Ian Godfellow, Yoshua Bengio et Aaron Courville sorti aux éditions Massot sous le titre L’apprentissage Profond. Disponible depuis le 18 octobre 2018 dans toutes les libraires et vendu au prix de 69 euros.

IA_Quantmetry_L'apprentissage profond_Massot_Editions

Un gain de temps et d’argent

Pas moins de 800 pages ont donc été traduites en l’espace de douze heures. Même si plusieurs chercheurs ont ensuite été amenés à une relecture et une correction du manuscrit. C’est plus de 80 % de temps qui a été gagné puisque l’ouvrage a été terminé en deux mois. Un gain de temps, mais aussi d’argent. Traduire l’ouvrage par des traducteurs aurait pris plus d’une année de travail avec un budget d’environ 150 000 euros. Même si une relecture humaine a été nécessaire, Jérémy Harroch, PDG de Quantmetry, assure que 85 % du texte, traduit par cette intelligence artificielle a été conservée.

La fin des traducteurs ?

Même si l’on comprend que cet outil est révolutionnaire, nous devons nécessairement nous demander s’il est à craindre que le métier de traducteur disparaisse. Il semblerait que non. Selon Jérémy Harroch, « traduire un livre aussi technique que Deep learning ne représente pas le même niveau de difficulté que de traduire un roman, notamment pour les figures, les graphiques et les formules mathématiques ». Ainsi, traduire un ouvrage scientifique par une intelligence artificielle est possible, mais pas celle d’une oeuvre littéraire ou plus stylistique car l’IA n’est pas capable de retranscrire des figures de styles ou de conserver le style propre d’un auteur.

Mais nous le savons, les sites et logiciels de traduction se développent de plus en plus rapidement. Ils sont de plus en plus perfectionnés. Ainsi, la traduction d’un manuel scientifique n’est sans doute qu’une première étape dans le domaine. L’avenir des traducteurs n’est donc pas certain. L’ère numérique et technologique n’a pas fini de nous surprendre et de nous effrayer.

 

Carole-Anne Pointurier – M2 Métiers du livre 2018-2019 Dijon